Hotel de Ville d' ETAIN


Mon prédécesseur Hôtel de Ville, vieil édifice noirâtre et mal bâti, situé en avant de la Grande Place, était trop petit pour contenir le siège municipal, le bailliage et sa justice, la recette des finances, la maîtrise des eaux et forêts et la police municipale.

On y entrait par un large escalier qui donnait sur une vaste salle décorée d'une tapisserie verte, parsemée de doubles croix de Lorraine de couleur jaune ; pas de péristyle pour abriter les gens qui patientaient. De plus, il tombait en ruine. En 1760, on le décrit ainsi : « l'Hôtel de Ville d'Etain est dans un état déplorable, il est sur le point de tomber, la salle d'audience n'est plus pratiquée. Les prisons ne ferment plus, il est même à craindre pour la vie des prisonniers. »

Il est projeté de construire un nouvel édifice à partir de 1745.
François Verdun, Maire d'Etain, désire faire bâtir un nouveau bâtiment et démolir l'ancien.
On ne saurait détailler les difficultés qu'il trouve dans le bailliage, chez les habitants et même chez son propre lieutenant de police, qui lui fait obstacle en tout. Il persévère et parvient à rallier la majorité des habitants à son avis.

Il désire, pour moi, un emplacement plus avantageux et m'élever en arrière de la Grande Place. Autre obstacle à vaincre : il faut plaider contre les capucins auxquels ce nouvel emplacement ferme toute perspective. Heureusement, la Commune gagne le procès.

En 1780, le projet prend enfin forme sous la direction de l'entrepreneur Jean Olry-Laurent de Metz. Cependant, son décès, en octobre 1781, interrompt une première fois le chantier.

C'est François Mercier, architecte stainois, qui relance les travaux l'année suivante. Le second entrepreneur est ruiné à force de lui faire recommencer les travaux, sans cesse jugés mauvais. Je suis inachevé et sur le point d'être abandonné, faute de nouvel entrepreneur. François Verdun, sans se décourager, se résout à achever lui-même le monument à ses risques.

Il en vient à bout en 1787, mais se ruine comme ses prédécesseurs, par l'effet des mêmes intrigues. On lui doit encore dix mille francs sur son entreprise au début de la Révolution. Il les réclamera en vain, ses demandes sans cesse repoussées. On le déclarera même suspect et sera jeté dans l'une de mes prisons. Il décédera peu après sa libération.

Le 14 juillet 1790, j'assiste à la Fête de la Fédération, célébrée avec un éclat extraordinaire. Je vois passer en août 1791 de nombreux émigrés, empressés de gagner la frontière. En 1792, je les revois dans le sens inverse, conquérants, accompagnés des armées prussiennes et autrichiennes.
Deux mois plus tard, ils fuient dans un désordre indescriptible, poursuivis par Kellermann à la tête de son armée. Par la suite, je vois passer encore deux fois les armées françaises et prussiennes.

En 1808, un théâtre est aménagé au 1er étage.
En 1830, deux fontaines sont construites en avant de ma Place.
J'ai le privilège d'accueillir de hautes personnalités : le 11 juin 1842, les Ducs d'Orléans et de Nemours ; le 27 août 1850, le Président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte qui repassera, le 16 août 1870, après sa défaite de Gravelotte et en 1904, le futur Président de la République, Raymond Poincaré venu assister aux obsèques du député Prud'homme Havette.

Le 5 octobre 1913, le 8e Bataillon de Chasseurs à Pied s'installe dans l'allégresse et m'honore d'un concert, sous la pluie.
Ma ville est vivante, de nombreux commerces bordent ma Grande Place et j'assiste au va et vient d'une population heureuse. Les deux marchés hebdomadaires et les cinq foires annuelles animent d'autant plus ma Place.

En juillet 1914, les nouvelles internationales sont mauvaises. Le 2 août, c'est la Mobilisation Générale et le départ des hommes. Le 25e Régiment d'Artillerie cantonne à Etain.
Le 24 août, un terrible bombardement détruit le coeur de la cité, l'incendie dure trois jours. Moi, je tiens encore debout, ma façade fait illusion mais à l'arrière, c'est le désastre, ma toiture est défoncée. Un énorme trou a éventré la place. Une de mes fontaines est ébréchée. Les Stainois quittent la ville, remplacés par les soldats allemands. Les obus français envoyés depuis les lignes de défense achèvent de détruire ce que le bombardement a épargné.

Après l'armistice de novembre 1918, toute la ville est détruite. Un énorme travail de reconstruction est entrepris. Moi, je suis en ruines.
La Municipalité choisit l'architecte Joseph Hornecker pour me faire revivre. Les bureaux investissent une des baraques provisoires en bois, dressées sur ma Place. Rasé en octobre 1922, je suis rebâti sur le même emplacement, en respectant l'ordonnance originelle de ma façade principale. L'architecte recompose les lucarnes, accuse le profil des corniches, investit le fronton laissé vacant, et signe son oeuvre dans l'axe du vaste hall avec l'oeil de boeuf elliptique qui éclaire l'escalier d'honneur. En 1926, je vis une nouvelle naissance.

Aujourd'hui, je possède des bureaux neufs, des salles de réunions et surtout ce qui fait la fierté de Monsieur le Maire et de tous ses administrés : un magnifique Salon d'Honneur au premier étage, qui accueille une exposition permanente de poupées Petitcollin.
Le 5 novembre 2002, je suis inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Écrit par Thierry Minarie de l'association "Etain d'Hier à Aujourd'hui" - Juillet 1996 Extrait du livre "Etain de ses origines à nos jours" de l'Association. version 09/2003



Hall d' Accueil

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Salon d' Honneur

Salon d' Honneur

Salle du conseil